Vertige de la feuille blanche… Ellavoila me glisse une idée à l’oreille… parler de mes projets qui m’étonnent… tu m’étonnes qu’ils m’étonnent.
Il suffit de jeter un coup d’œil à « Moi »… là, en haut à droite…« J’approche des 30 ans… je vis toujours…. Comme à 20 ans… pas d’enfants…. Pour vous je ne suis pas dans la norme. A ceux qui ne regardent pas plus loin que le bout de leur landau, qui pensent que la norme est de se marier à 24, faire un gosse à 25 et qui éclipsent le reste… comme par exemple le divorce à 35…. Je répondrais… je vous emm… »
Mon état d’esprit en résumé. Je suis de celles qui dérangent les mères de famille… Pour moi fonder une famille n’est pas dans l’ordre des choses immuables et surtout incontournables à la réussite d’une vie. Je n’envisage pas de m’épanouir en tant que mère mais en temps que femme.
Je crois surtout que j’ai la trouille. Je panique à l’idée , non pas de concevoir (il y a plus désagréable, je le concède) , mais d’élever un, voire (pire), plusieurs enfants. Je n’ai jamais fui les responsabilités. Mais celle-ci me fait reculer. Peur de mal m’y prendre, de ne pas assurer, d’en faire des névrosés qui dépenseront tout ce qu’ils gagneront à suivre une thérapie au cours de laquelle ils tordront le cou de leur épouvantable mère.
En devenant directrice, j’ai accepté une responsabilité effarante. Quel que soit le nombre d’enfants qui seront inscrits dans mon école, je serai responsable d’eux. Parfois, j’en prends conscience. Ca se passe généralement au cours dune récréation. Je regarde tout ce joyeux petit monde en culottes courtes s’ébattre innocemment dans la cour et je réalise que je suis responsable d’eux. Et quand je regarde mes frêles épaules ça me donne un peu le vertige.
Plus précisément, si je considère mes élèves à moi (oui, c’est comme ça une maîtresse, ça parle de SES élèves avec un certain instinct de propriété, allez savoir pourquoi) je suis responsable. Ils ne sont qu’à un pas de l’adolescence. Je pressens en eux les jeunes adultes qu’ils seront bientôt. J’ai le devoir, au delà de toute considération pédagogique, de les aider à apprendre à penser par eux-mêmes. A développer un sens critique, à oser essayer, à exprimer leurs valeurs, leurs qualités leurs doutes et leurs défauts. Tâche incommensurable dont j’ai bien du mal à m’acquitter et qui me semble terriblement ardue tant elle m’oblige à me remettre en cause. Mais je m’y emploie au quotidien. Avec plus ou moins de succès. Il n’empêche que… je suis bien contente de les rendre le soir à leurs propriétaires… (J’en vois qui grincent des dents… si on ne peut plus plaisanter.)
Plusieurs des hommes qui ont traversé ma vie ont voulu me faire un enfant. Avoir un enfant de moi. Réaction ferme et catégorique : hors de question. Peut-être qu’au fond de moi je les sentais plus amants que pères et craignait d’infliger à ma descendance un géniteur aussi bancale et incompétent que le mien. Peut-être.
Voilà, le décor est planté. Et pourtant…
Pourtant depuis que mon P’tit Loup est entré dans ma vie, je me surprends à ne plus faire de poussée d’urticaire à la simple évocation de la maternité. Il ne veut pas me faire un mais des enfants ; Et pour la première fois, c’est un projet que j’envisage avec sérénité. Comme si cela était simple et logique. Et au fond ça l’est… c’est juste que pour moi c’est très surprenant. Vraiment très surprenant….
et enfin ces quelques mots, puisés dans une chanson de Linda Lemay pour illustrer tout cela…
Longtemps j'ai cru que la marmaille, j'en voudrais jamais dans mes jambes, que j'endurerais jamais qu'ça braille, même en punition dans une chambre.
Longtemps j'ai cru que la marmaille, y avait des filles faites pour ça et qu'elles méritaient des médailles, et j'étais pas de ces filles-là
J'm'émeus devant les femmes enceintes, qui magasinent les berceaux, qui ont les seins gros comme ma crainte, d'avoir toute la marmaille à dos
Longtemps j'ai cru que la marmaille, j'en aurais jamais sur les bras, qu'j'avais ni l'cœur, ni les entrailles assez solides pour porter ça
Mon univers a basculé j'veux d'la marmaille à moi, et c'est depuis qu't'es arrivé que j'veux d'la marmaille...... J'veux d'la marmaille de toi.