• Je me débats, je donne des coups, je me retourne dans tous les sens.

    J'entends au loin le bruit des coups que je donne.

    J'entends aussi au loin la voix de P'tit loup, je sens qu'il me maintient les jambes, les mains, qu'il m'appelle.

    Je suis en larmes, hébétée.

    Il y a parfois des réveils très difficiles...

    J'ai mal aux mains et au poignets, je me sens mal...

    ça va passer...


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  • Aujourd'hui je m'attelle à une tâche que je repousse depuis longtemps tant elle m'ennuie: je m'attaque à la tonne de papier plus ou moins faussement rangés dans deux caisses et qui attendent d'être triés, rangés pour de vrai ou jetés.

    Au mileu des factures, bulletins de paie etc, je trouve une grosse chemise en carton pertinemment nommée "divers" contenant en vrac des factures d'appareils que je ne possède plus, des petits mots, des dessins porte bonheur pour mes diplôme (tradition familiale datant du bac de ma soeur), des petits mots d'élèves...

    De tout ce fouilli j'extirpe une feuille de papier, arrachée d'un petit cahier d'écolier et couverte de mon écriture d'enfant. Moi qui ait toujours eu une écriture très appliquée, cette page est manifestement écrite à la va vite, les lettres sont très mal formées et transcrites au feutre noir ce qui n'arrange rien.

    Cela m'intrigue suffisament pour que je prenne la peine de déchiffrer ce texte venu d'un autre temps. D'ailleurs comment ce papier s'est il retrouvé là?

    Voici la transcription de cette page, je n'ai cherché à corriger ni l'orthographe, ni la ponctuation.

    c'étai le 23 décembre il me tardait noel hier mon père avait une crise de naire et faillit étrangler ma mère mais dès qu'il se leva en disant qu'il aller la mettre dehor je me suis enfuis dans ma chambre je savais que ça aller mal finir quar chaque fois ça se passer comme cela mais cette fois je me suis misa hurler maman au moin sept ou huit fois j'en avait mar mon frère et venu me consoler mes il est reparti puis ma mère et venu me dire d'aller chez véro (voisine) et la je ne sais plus je nais pas assister j'avais tros peur et j'ai regarder la télé chez véro il diffuser flippeur le dauphin

    Aucune date n'est indiquée mais je peux situer ce texte vers mes 8 ans. Je me souviens très bien de cet épisode, qui n'était qu'un parmi tant d'autres. ma mère a gardé plusieurs jour la marque de strangulation imprimée par le col roulé.

    A cette époque il ya eu divers dépôts de plaintes, des enquêtes...

    Quelques mois plus tard, le médecin de famille ayant diagnostiqué une dépression j'ai été éloignée de ma famille pendant quelques mois. Un certificat d'entrée et de sortie d'un centre d'accueil sanitaire pour enfant dans les Pyréenées en atteste. il est conservé dans mon carnet de santé.

    En me relisant je ressens à nouveau intacts ma peur, mon isolement de ce soir là.


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  • Comment en parler sans trop en dire?

    C'est la deuxième fois que cela arrive depuis que j'ai débuté ma carrière. On voudrait tant que cela n'arrive jamais. Ni à soi ni aux autres.

    Un jour qui s'annonce comme tous les autres... et vous voilà dépositaire d'un secret lourd à porter pour qui vous le confie. Un secret qui, une fois que l'on vous l'a dévoilé de doit plus en rester un. Un secret qui pèse très lourd sur vos épaules. Je suis muette comme une tombe lorsque l'on me confie un secret. Mais il est des circonstances ou il est de votre responsabilité morale de parler, d'agir.

    Ce ne sont pour l'instant que des présomptions, des confidences rapportées d'une enfant . Un entretien vendredi me permettra d'en savoir plus, de peser les mots, les faits avancés... et tout à la fois de prendre du recul et une décision. Comment mener les deux de front?

    N'oublier aucune parole entendue, peser chaque mot prononcé. Prendre la bonne décision avec cette peur vertigineuse de commettre un faux pas. Irréparable. Contacter la bonne personne. Surtout ne pas prendre parti. Ne pas juger sans savoir. Essayer de garder une vision claire et détachée. Ne pas investir d'affectif. la protéger, les protéger, se protéger. Et surtout ne pas se taire.

    C'est la deuxième fois. La première, il y a quelques années était tellement incroyable, au sens littéral du terme, que mon signalement a été un appel au secours. Je n'avais pas d'expérience, je ne connaissais ni les rouages ni les subtilités administratives réservées à ces révélations que l'on vous fait sans que vous y soyez préparé. Pendant des mois j'ai vécu au rythme des pas en avant et des pas en arrière. Jusqu'à ce que je puisse enfin convaincre une personne. Ce que je lui demandais était extrêmement difficile. Elle l'a fait pourtant. Son implication et son courage ont permis de faire avancer les choses. Un travail de longue haleine a été entrepris. Le bilan est mitigé.

    Cela recommence. Autre temps, autre lieu...

    Mêmes doutes, mêmes questions.

    Mêmes peurs


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  • Le post de Mounch... ainsi que la perle de mon P'tit Loup ... me renvoient à la propre histoire de ma silhouette et à mon regard (déformé ?) sur ladite silhouette.

    Enfant je n'étais ni plus mince ni plus ronde que la moyenne. Quand je regarde les photos, je vois une petite fille assez jolie, avec des fringues affreuses (merci maman) mais somme toute, une petite fille ressemblant à toutes les autres petites filles.

    L'adolescence m'a ouvert l'appétit.

    Un coup d'œil dans mon carnet de santé : visite médicale en troisième : 1m60, 61 kg. Certes, je n'étais pas obèse. Mais suffisamment ronde pour que cela soit remarqué par mes contemporains et leurs remarques d'une grande délicatesse adolescente.

    Passage au lycée... à la fin de la seconde je m'étais étirée.1m70, 49 kg. Aucune explication rationnelle à cette perte de poids, si ce n'est à la rigueur le changement de rythme (longs trajets pour aller au lycée, petits boulots annexes etc...). Cela signifie que j'ai passé l'année avec des jeans trop courts et trop larges. J'avais aussi perdu deux pointures ( !!!) Premier renouvellement de garde robe. A cette époque, je me voyais grosse. Mes yeux n'avaient pas réussi à s'habituer à ce nouveau corps. Il y a quelques mois, alors que j'évoquais cette période de ma vie avec une amie d'enfance, elle m'a avoué s'être inquiétée de ma minceur voire maigreur d'alors...

    Au cours des années lycées mon poids s'est stabilisé autour de 50 kg. Des seins aussi menus qu'aujourd'hui, un corps assez filiforme et des fesses rondes, rondeur accentuée par la cambrure. Une amie m'avait alors rapporté les mots de deux de nos « copains de café » me regardant partir... « elle a un gros cul Isa »... « Il est gros mais il est beau »... charmants garçons...

    Je ne vis pas avec l'œil sur la balance. Je sais que vers 21 ans je pesais 55 kg, je m'habillais en 38. J'étais banalement mince et relativement en accord avec l'image de mon corps. Mon regard m'ajoutant toujours cependant quelques kilos.

    Puis j'ai grossi, lentement mais sûrement. Sans même m'en rendre vraiment compte. J'achetais des vêtements un peu plus grand quand je ne rentrais plus dans les miens. Mon amour  d'alors s'en balançait complètement... cela ne me rendait pas service.

    Jusqu'à atteindre 75 kg. Taille : 46, seins : 95 B, voire C.... C'est mon médecin qui a tiré la sonnette d'alarme. Prise de conscience, régime. En quelques mois j'ai perdu (difficilement) 6 ou 7 kg.

    Et puis mon amour a fait ses valises (sans que cela ait un quelconque rapport avec mon poids d'ailleurs). Cela a été le plus efficace des régimes. Pendant plusieurs semaines, je n'ai plus mangé (ou presque) ni dormi (ou presque), vivant de mes réserves. Rien de tel qu'un puisant chagrin d'amour pour perdre l'appétit. Changement fréquent de garde robe : je perdais une taille par semaine. C'était il y a un peu plus d'un an.

    Depuis plusieurs mois mon poids tourne autour de 58 kg, j'ai retrouvé le 38 et mes seins menus d'antan. Mais dans ma tête c'est à peine si j'ai minci. Mon regard reste déformé sur ma silhouette de ronde (pour parler gentiment).

    Ellavoila me dit que je suis fine. Elle n'est pas la seule à me dire ça.

    Peut être...

     


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  • .

    Je n'ai jamais vu mon père avoir un geste tendre pour ma mère. L'inverse est vraie aussi.

    Je suis un bébé pilule. Un accident. Une indésirée.

    Je peux le comprendre.

    Lorsque ma mère a rencontré mon père, il était SDF. Elle lui a ouvert sa porte. Elle débarquait de sa campagne profonde. Elle était jeune, fraîche, jolie et neuve. Ils ont eu un bébé. Pas prévu le bébé. Ma sœur. Ils vivaient dans une chambre de bonne, sans chauffage et sans eau. Ils y sont resté. Pas moyen de se payer autre chose. A cette époque ils étaient heureux. Ils bouffaient de la vache enragée mais ils s'aimaient. Pour eux, l'essentiel était là.

     14 mois après ma sœur, un deuxième bébé est né. Toujours pas prévu.. mais je viens de le dire, ils s'aimaient. Bébé était malade. Une malformation cardiaque qui se soigne relativement aisément en 2004. mais ça se passait en 1970. Bébé a emménagé à l'hôpital à l'âge de deux mois. Il y est resté plus de trois ans. L'hôpital était loin, et ils n'avaient toujours pas d'argent. Alors ils allaient voir leur fils à tour de rôle. Une fois par mois.

    Un peu moins de deux ans plus tard ils ont fait un autre bébé. Pendant la grossesse ils se sont mariés. Sans leur famille et sans robe de mariée. Pas les moyens. Ils ont pu emménager dans un appartement avec eau, chauffage et même électricité dans une cité HLM. La maman en a pleuré d'émotion en le visitant.

     A trois ans et demi, petit garçon est revenu vivre avec sa famille. Sa maman s'est battue comme une tigresse pour le scolariser. Il a vécu une vie de petit garçon normal pendant un an. Puis, suite à un examen de routine il est tombé dans le coma. Il a été difficile de joindre ses parents qui n'avaient pas le téléphone. Une voisine est venue les réveiller ; un autre voisin les a conduits à l'hôpital. L'infirmière de garde rencontrée dans le couloir leur a annoncé sans plus de précaution que leur fils était mort, et a poursuivi sa route.

    Le papa a bien essayé d'aider sa femme mais elle s'est enfoncée. En apparence elle faisait face. Elle s'occupait de ses enfants. Mais à l'intérieur elle n'existait plus sans son fils. Il s'est éloigné d'elle, elle est restée  dans sa douleur. Ils vivaient côte à côte mais leur couple était mort en même temps que leur petit garçon.

    Je suis un bébé pilule disais-je. Je suis née bien après tout cela. un accident. J'ai un prénom composé. Composé du prénom choisi par chacun de mes parents qui n'ont pas su tomber d'accord.

    La situation s'est dégradée entre eux au point de rendre l'atmosphère familiale irrespirable.

    Des scènes me hantent. Balisant mon enfance.

    Mes parents s'engueulent à propos de l'argent qu'ils n'ont pas et que mon père dilapide. Une assiette de petits pois me passe devant le nez et va s'écraser sur le buffet. Mon père se lève de table et met ma mère dehors, en la tirant par le col, imprimant des marques sur son cou.

    Devant la fenêtre, des échanges violents au cours desquels ma mère risque à tout instant de basculer quatre étages plus bas.

    Mon frère qui tient un couteau contre le ventre de mon père en lui demandant de la lâcher.

    Une fuite en pleine nuit direction la gendarmerie.

    Tant d'autres encore.

    Mon père n'a été tendre avec moi qu'en de très rares occasions pendant mon enfance. Il vivait sa vie sans se préoccuper de sa famille. Disons qu'il savait vaguement que trois enfants vivaient aussi à la maison.

    A la mort de mon frère il s'est lancé dans une quête spirituelle dont il n'est jamais sorti. Besoin de savoir où était parti son fils adoré. Il a fréquenté de nombreuses églises parallèles flirtant avec les sectes. En nous entraînant dans son sillage. Je me souviens de dimanche entiers agenouillée a attendre la fin improbable de cultes interminables. Je me souviens des longues prières ponctuant les journées. Je me souviens de veillées imposées, à écouter des messages religieux sur bandes magnétiques alors que nous aurions dû être couchés depuis longtemps. C'est aussi pour cela que tant de conflits éclataient entre mes parents. Je me souviens aussi de mon père laissant ma sœur (alors adolescente) inconsciente, gisant sous la bibliothèque dans sa chambre dévastée parce qu'elle avait osé parler de Dieu en disant « l'autre là haut ».

     

    Je devais avoir huit ans lorsque notre médecin m'a éloignée de ma famille. Je stagnais à l'école. Je ne jouais pas avec les enfants de mon âge. Je faisais des crises d'angoisses et de larmes. J'étais chaque nuit réveillée par des terreurs nocturnes... tant d'autres choses encore. Je m'enfonçais dans une dépression profonde. Pendant trois mois, je n'ai eu de contacts avec mes parents que par courrier ou téléphone.

    Il aura fallu toute la patience et la persuasion de ma sœur, 17 ans à l'époque, pour que ma mère finisse par quitter mon père. Elle ne l'aurait jamais fait sinon. Le poids de son éducation ainsi que son histoire familiale à elle, particulièrement difficile, faisaient que quoi qu'il arrive on ne sépare pas des enfants de leur père.

    Nous avons emménagé dans notre appartement en juin 1988. ce jour là, j'ai commencé à respirer.

    A l'adolescence j'ai repris le dessus. A plusieurs reprises je l'ai littéralement viré de chez nous parce qu'il dépassait les bornes. Nous faisons à peu près la même taille mais j'avais l'avantage de la jeunesse. Je n'avais plus peur de lui.

    Mon père vit seul dans un appartement qui ne ressemble plus à rien à force de n'être pas entretenu. L'alcool lui a permis d'oublier sa vie d'avant. Les quelques fois où j'ai essayé d'aborder le sujet pour essayer de me décharger un peu il a nié en bloc.

    Je vais le voir parfois. Par politesse. Par égard par le spermatozoïde dont il a fait don pour que je naisse. Il participe à la vie de notre famille. Il est invité à noël et aux anniversaires. Je me sens mieux quand il n'y vient pas. Dès qu'il me voit il m'enlace, m'embrasse. Vu de l'extérieur il passerait presque pour un père aimant. Il ignore mon âge exact, n'a jamais retenu ma date de naissance.

    S'il quitte ce monde avant moi je serai inconsolable. Mais je ne pleurerai pas le père que j'aurai perdu. Je pleurerai celui qu'il n'a jamais été.


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